Lina n'avait jamais entendu quelque chose d'aussi étrange. Chaque soir, quand le soleil se couchait derrière les collines, une drôle de mélodie sortait de la forêt de Bois-Joli. Ce n'était pas le vent. Ce n'était pas les oiseaux. C'était comme… une chanson.
— Tu entends ça, Grelot ? chuchota-t-elle à son chat noir et blanc, assis sur le rebord de la fenêtre.
Grelot dressa les oreilles et miaula doucement, comme pour répondre « oui ».
Dans le village, personne n'osait s'approcher de la forêt après la tombée de la nuit. Les grands racontaient que des lumières dansaient entre les arbres, et que ceux qui s'y aventuraient n'en revenaient jamais tout à fait pareils.
Mais Lina n'avait pas peur. Ou plutôt : elle avait un peu peur, mais elle était bien trop curieuse pour rester à sa fenêtre.
Le lendemain, dès que sa maman fut occupée à préparer des confitures de mûres, Lina enfila ses bottes rouges, glissa une lampe de poche dans sa poche, et siffla Grelot.
— On va juste regarder d'un peu plus près, promis, dit-elle.
Le chat la suivit sans hésiter, la queue dressée comme un point d'interrogation.
La lisière de la forêt sentait la mousse et les champignons. Les arbres semblaient immenses, leurs branches formant un toit de feuilles au-dessus de sa tête. Plus Lina avançait, plus la musique devenait claire : des notes légères, comme un carillon, qui semblaient venir de partout à la fois.
Soudain, Grelot s'arrêta net, le poil hérissé.
Devant eux, entre deux vieux chênes, une petite lumière bleue flottait dans les airs, tournoyant doucement au rythme de la mélodie.
Lina retint son souffle.
— C'est toi qui chantes ? murmura-t-elle.
La lumière s'approcha lentement, comme si elle l'avait entendue. Et c'est à cet instant que Lina comprit que son aventure ne faisait que commencer.